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6 juin 1944 — Le 1er bataillon canadien de parachutistes à Varaville et dans la vallée de la Dives

Source: www.pegasusarchive.org/normandy/war_1stCdnBatt.htm

Casernes Carter, Bulford — Préparation de l’opération OVERLORD

Les objectifs du bataillon

Dans le cadre de l’opération OVERLORD, le 1er bataillon canadien de parachutistes (1st Canadian Parachute Battalion) reçoit trois missions principales pour la nuit du 5 au 6 juin 1944.

La compagnie A doit protéger le flanc gauche du 9e bataillon de parachutistes britannique pendant sa progression vers la batterie de Merville et son attaque contre cette position fortifiée, repérée sur les cartes sous la référence 1577.

La compagnie B est chargée de détruire deux ponts sur la Dives, situés aux points 1872 et 1972, puis de s’emparer de la hauteur de Robehomme (1873) et de la tenir. Pour accomplir cette mission, elle est renforcée par une section du 3e escadron de parachutistes du génie.

La compagnie C reçoit pour objectif de détruire un central de transmissions militaires allemand situé au point 1675, de faire sauter le pont repéré en 186759 et de neutraliser les positions ennemies établies à Varaville (1875).

Le bataillon doit être largué dans la zone DZ 1775 au cours des premières heures du Jour J. La compagnie C doit précéder de trente minutes le gros du bataillon afin de neutraliser toute opposition éventuelle dans la zone de saut.

Le 5 juin 1944, à 22 h 50, les parachutistes embarquent à l’aérodrome de Down Ampney. La compagnie C prend place à bord d’avions Albemarle, tandis que les autres éléments du bataillon voyagent dans des Dakota C-47.

Le vol se déroule sans incident majeur jusqu’à l’approche des côtes françaises, où les appareils essuient quelques tirs de défense antiaérienne. Au-dessus du territoire français, les parachutistes aperçoivent de nombreux incendies provoqués par les bombardements de la Royal Air Force.

Le largage ne se déroule cependant pas comme prévu. Les hommes sont dispersés sur une vaste zone et plusieurs groupes atterrissent à plusieurs kilomètres de leur point de rassemblement. Cette dispersion désorganise les premières manœuvres et complique la réunion des unités. Malgré ces difficultés, les parachutistes s’efforcent de rejoindre leurs objectifs et d’exécuter les missions qui leur ont été confiées

 

 

 

La compagnie A : protéger le flanc gauche du 9e bataillon

La compagnie A est larguée vers 1 heure du matin, le 6 juin 1944. À son arrivée au point de rassemblement, le lieutenant Clancy ne trouve que deux ou trois hommes de son unité.

Après avoir attendu en vain l’arrivée d’autres parachutistes, il décide de reconnaître le village de Gonneville-sur-Merville (1676). Accompagné de deux hommes, il y pénètre, mais ne découvre aucune présence ennemie.

Il revient vers 6 heures au point de rassemblement. Il y retrouve un autre officier, vingt hommes de troupe du bataillon et plusieurs soldats appartenant à d’autres unités de la brigade. Ce groupe improvisé se met alors en route vers la batterie de Merville, en suivant l’itinéraire prévu. Il ne rencontre pas d’opposition directe, hormis les bombardements particulièrement intenses de la RAF sur Gonneville-sur-Merville.

Une fois la mission du 9e bataillon accomplie, les Canadiens poursuivent leur action. Ils reconnaissent d’abord un château situé au point 1576, d’où une mitrailleuse allemande avait ouvert le feu, puis assurent l’arrière-garde du 9e bataillon lors de son repli en direction du Plein (1375).

Le détachement quitte le secteur du 9e bataillon à 9 heures. Après plusieurs heures de progression, il rejoint à 15 h 30 la position du 1er bataillon canadien de parachutistes, au carrefour du Mesnil-Bavent (139729).

La compagnie B : le pont de Robehomme et la surveillance de la Dives

La compagnie B est confrontée à des difficultés comparables dès son arrivée au sol. Deux de ses sections sont larguées dans les terrains marécageux au sud et à l’ouest de Robehomme.

Des éléments placés sous les ordres du sergent Outhwaite se dirigent vers l’objectif assigné à la compagnie. En chemin, ils rencontrent le lieutenant Toseland et plusieurs autres parachutistes de la même unité. Le groupe ainsi constitué compte une trentaine d’hommes, tous grades confondus.

Une Française leur sert de guide à travers les marais et les champs de mines allemands jusqu’au pont de Robehomme.

Sur place, les hommes retrouvent le capitaine D. Griffin, accompagné d’une trentaine de militaires appartenant à différentes unités du bataillon, notamment aux sections de mortiers et de mitrailleuses Vickers. Le major Fuller, arrivé précédemment, est déjà reparti à la recherche du quartier général.

Le capitaine Griffin attend jusqu’à 6 h 30 l’arrivée des Royal Engineers, chargés de faire sauter le pont. Ceux-ci ne se présentant pas, les parachutistes rassemblent les explosifs disponibles et procèdent eux-mêmes à la destruction de l’ouvrage.

Une garde est laissée auprès du pont, tandis que le gros du détachement se replie vers la hauteur de Robehomme.

Le village ne semble pas occupé par l’ennemi, mais des patrouilles allemandes tentent à plusieurs reprises de s’y infiltrer. Plusieurs accrochages se produisent et la compagnie subit des pertes.

Un poste d’observation est installé dans le clocher de l’église. De cette position, les parachutistes disposent d’une vue dégagée sur la route reliant Pont-de-Vacaville (2276) à Varaville. Pendant plusieurs heures, ils observent des mouvements d’infanterie et d’artillerie en provenance de l’est.

L’absence de liaison radio avec le quartier général constitue un handicap important. Les combats qui se dérouleront par la suite dans ce secteur boisé et compartimenté rendront en effet l’observation des mouvements ennemis particulièrement difficile.

Le retour vers le quartier général

Le 7 juin, à midi, les hommes décident de reconnaître l’itinéraire qui doit leur permettre de rejoindre le quartier général du bataillon. Une fois la route déclarée libre, ils reçoivent l’ordre de préparer leur départ.

Le lieutenant I. Wilson, officier du renseignement du bataillon, arrive du Mesnil pour les guider.

Le détachement quitte Robehomme à 23 h 30. Entre-temps, ses effectifs ont considérablement augmenté : grâce au ralliement de parachutistes isolés appartenant à différentes unités, il rassemble désormais 150 hommes, tous grades confondus.

Les blessés sont transportés dans une voiture particulière mise à disposition par le curé, ainsi que dans une charrette tirée par un cheval, fournie par un agriculteur.

L’itinéraire passe par Briqueville (1872), la route de Bavent (169729), le bois de Bavent, puis le carrefour du Mesnil.

À proximité de Briqueville, la section de tête est arrêtée par des sentinelles allemandes. Les Canadiens ouvrent le feu, tuent sept soldats ennemis et en capturent un.

Peu après, ils tendent une embuscade à une voiture allemande circulant sur la route de Bavent. Quatre officiers allemands sont tués.

Le quartier général du bataillon est finalement atteint à 3 h 30, le 8 juin 1944.

La compagnie C : l’assaut contre Varaville

Un largage dispersé

La compagnie C, chargée de neutraliser les positions allemandes de Varaville, connaît une dispersion particulièrement importante. La majorité de ses hommes atterrit à l’ouest de la Dives, mais certains groupes sont largués à grande distance de la zone prévue. L’un d’eux se pose même à l’ouest de l’Orne.

Dans ces conditions, la compagnie ne peut se regrouper comme prévu. Les parachutistes qui parviennent à rejoindre le secteur engagent donc le combat en plusieurs détachements, sans attendre la reconstitution de leur unité.

Le major McLeod rassemble un sergent et sept hommes de troupe et se dirige vers Varaville. En chemin, il est rejoint par un groupe commandé par le lieutenant Walker.

Une partie des hommes reçoit pour mission d’occuper des positions défensives autour du pont que les équipes du génie doivent détruire. La mission est menée à bien et le pont est détruit.

Le major McLeod et le lieutenant Walker poursuivent ensuite leur progression vers le château. Dans le même temps, d’autres éléments de la compagnie C, arrivés depuis la zone de largage, s’emparent du corps de garde du domaine.

Le château et le blockhaus allemand

La prise du château se heurte rapidement à une résistance organisée. Depuis un blockhaus situé dans le parc, les Allemands déclenchent des tirs nourris de mitrailleuses et de mortiers contre le corps de garde. Leur position dispose également d’un canon antichar de 75 mm.

Le dispositif défensif est protégé par des barbelés, des champs de mines et des emplacements de tir aménagés autour de l’ouvrage.

Pour tenter de réduire cette position, le major McLeod, le lieutenant Walker et cinq hommes de troupe montent au dernier étage de la conciergerie. Ils entreprennent de tirer au PIAT (Projector, Infantry, Anti-Tank), une arme antichar portative, en direction du blockhaus.

La riposte allemande est immédiate. Un tir du canon de 75 mm provoque l’explosion des munitions du PIAT.

Le lieutenant Walker, le caporal Oikle et les soldats Jowett et Neufield sont tués. Le major McLeod et le soldat Bismuka sont grièvement blessés et succombent à leurs blessures. Sous un feu nourri, les soldats Docker et Sylvester évacuent les victimes.

Le capitaine Hanson, commandant en second de la compagnie C, est légèrement blessé. Son ordonnance est tuée alors qu’il se rend auprès du commandant de la brigade pour lui rendre compte de la situation. Celui-ci vient d’arriver dans le village après avoir rejoint le secteur où il a été largué.

Malgré les pertes subies, les Canadiens poursuivent le combat. La compagnie C, renforcée par des éléments du quartier général de la brigade et des Royal Engineers, organise la défense du village. Un autre détachement encercle le blockhaus afin d’empêcher les Allemands d’en sortir ou de recevoir des renforts.

Les renforts canadiens et les contre-attaques allemandes

Un détachement de la compagnie C commandé par le lieutenant McGowan arrive à Varaville après avoir été largué loin de la zone prévue. Il intervient au moment où deux sections d’infanterie allemandes tentent de pénétrer dans le village.

Les hommes de McGowan ouvrent le feu et infligent des pertes à l’ennemi. Les soldats allemands restants finissent par se rendre. La section canadienne prend ensuite position pour poursuivre ses tirs contre le blockhaus.

Pendant ce temps, le quartier général de la compagnie C, installé dans le cimetière de l’église, bloque la progression d’un groupe allemand qui tente d’avancer à travers un cratère de bombe. Au moins trois soldats ennemis sont tués.

Le château, initialement utilisé par les Canadiens, est évacué et transformé en poste de secours. Une patrouille allemande parvient toutefois à y pénétrer de nouveau et capture les blessés qui s’y trouvent, parmi lesquels le capitaine Brebner, médecin du bataillon, et le sergent-major de compagnie Blair, appartenant à la compagnie B.

Malgré l’intervention des troupes canadiennes, la patrouille réussit à s’échapper avec ses prisonniers.

Les positions alliées restent exposées aux tirs de mortiers et aux tirs de tireurs isolés depuis les bois qui entourent Varaville.

Le rôle des habitants

Au cours de ces combats, la population locale apporte une aide précieuse aux parachutistes. Les femmes participent aux soins des blessés, tandis que les hommes mettent leurs connaissances du terrain et leurs moyens à la disposition des soldats.

Un habitant se distingue particulièrement. Après avoir reçu un béret rouge et un fusil, il parvient à tuer trois tireurs allemands.

Il guide ensuite le commandant de la brigade et son groupe en direction du Mesnil. Selon le témoignage rapporté, il aurait été victime du bombardement qui frappe ce détachement pendant son déplacement.

La reddition du blockhaus et le départ des Canadiens

Vers 10 h 30, le blockhaus allemand finit par se rendre. Quarante-deux prisonniers sont capturés et quatre soldats canadiens précédemment faits prisonniers sont libérés.

Cette reddition constitue un tournant dans les combats autour du château. Elle permet de réduire la principale position fortifiée qui s’opposait à la compagnie C, même si le secteur reste exposé aux tirs ennemis.

À partir de 12 h 30, des tirs d’artillerie sont dirigés contre Varaville depuis les hauteurs situées à l’est de la Dives.

À 15 heures, des troupes cyclistes du 6e Commando arrivent dans le secteur.

À 17 h 30, le 6 juin 1944, la compagnie C quitte Varaville pour rejoindre la zone de rassemblement du bataillon au Mesnil. Sur la route, la présence des prisonniers allemands semble susciter la satisfaction des habitants français.

La section de mitrailleuses Vickers

La section de mitrailleuses Vickers est larguée en quatre groupes, comprenant chacun dix ou onze hommes, soit un total de quarante et un militaires, tous grades confondus.

Pour la première fois, les mitrailleuses sont transportées dans des sacs d’équipement. Plusieurs de ces sacs se détachent pendant le saut et le matériel qu’ils contiennent est perdu.

Comme le reste du bataillon, la section est dispersée sur une vaste zone. Certains hommes rejoignent la compagnie C lors de l’attaque de Varaville, d’autres rallient la compagnie B à Robehomme, tandis que les derniers se dirigent vers le quartier général.

Le saut entraîne douze disparus et trois blessés.

L’un des disparus, le soldat Phipps, est ultérieurement identifié sur une photographie publiée dans un journal allemand retrouvé sur un prisonnier de guerre.

Une fois les premières missions des compagnies accomplies, les mitrailleurs sont répartis entre les différentes unités. Ils servent soit au sein de détachements équipés d’une seule arme, soit dans des sections constituées.

La section de mortiers

La section de mortiers subit elle aussi les conséquences de la dispersion du largage. Plusieurs sacs contenant le matériel se détachent en vol et une grande partie des hommes atterrit dans les marais, entraînant de lourdes pertes en équipement.

Les parachutistes se rattachent aux compagnies les plus proches et participent à la prise des objectifs.

L’un des chefs de détachement atterrit directement sur le blockhaus de Varaville. Fait prisonnier par les Allemands, il reste à l’intérieur de l’ouvrage jusqu’à la reddition de ses défenseurs face à la compagnie C.

Le rapport souligne que les projectiles du PIAT ont causé des dégâts à l’intérieur du blockhaus et exercé un effet important sur le moral des défenseurs.

À Robehomme, certains hommes de la section de mortiers sont chargés de surveiller les accès au pont détruit. Trois camions allemands transportant de l’infanterie apparaissent sur la rive opposée.

Les Canadiens ouvrent le feu et mettent hors de combat l’un des véhicules, dont la plupart des occupants sont tués. Les deux autres camions parviennent à se retirer. Un soldat canadien qui se trouvait prisonnier à bord de l’un des véhicules profite de la confusion pour s’échapper.

Lorsque les détachements rejoignent Le Mesnil, ils sont regroupés pour reconstituer la section de mortiers. Trois mortiers acheminés par mer leur sont attribués. Ils sont installés dans la briqueterie, d’où ils peuvent ensuite prendre l’ennemi à partie.

Le quartier général du bataillon

Aux premières heures du 6 juin 1944, le commandant du bataillon, son adjoint, l’officier des transmissions, l’officier du renseignement et une partie du quartier général se retrouvent au point de rassemblement. Ils sont accompagnés d’éléments de l’ambulance de campagne parachutiste n° 224 et d’autres unités de la brigade.

L’officier des transmissions est chargé de neutraliser le central de transmissions allemand situé à proximité. Il pénètre dans le bâtiment, découvre du matériel qu’il détruit, mais ne trouve aucun soldat ennemi.

De son côté, l’officier du renseignement part avec deux hommes reconnaître Varaville et rapporter des informations sur la situation.

Le groupe du quartier général se met ensuite en route vers Le Mesnil. Il recueille au passage de nombreux parachutistes isolés ainsi qu’un canon antichar de 6 livres et son équipage.

Au château situé au point 1574, les hommes rencontrent des éléments du quartier général de la brigade. Les différents groupes se séparent ensuite pour rejoindre leurs unités respectives.

La progression se poursuit jusqu’aux vergers du point 141729. Là, les parachutistes sont pris sous le feu de tireurs isolés installés dans les maisons voisines. Plusieurs hommes sont touchés, dont un officier.

Le groupe lance alors une attaque contre les bâtiments occupés par les Allemands et parvient à les en déloger.

Vers 11 heures, le 6 juin 1944, il atteint finalement la zone de rassemblement du bataillon.

Bilan des premières opérations

Les premières heures de l’opération OVERLORD montrent combien l’action des parachutistes dépend de leur capacité à se regrouper après un largage souvent imprécis. Malgré la dispersion des unités, les pertes de matériel et les difficultés de communication, les hommes du 1er bataillon canadien de parachutistes parviennent à engager les combats sur plusieurs objectifs essentiels.

À Robehomme, la destruction du pont et l’occupation de la hauteur permettent d’assurer la surveillance d’un axe important de la vallée de la Dives. À Varaville, la compagnie C affronte une position fortifiée qui combine blockhaus, canon antichar, mitrailleuses, mortiers et obstacles défensifs.

La reddition du blockhaus vers 10 h 30, la capture de quarante-deux prisonniers et la libération de quatre soldats canadiens témoignent de l’importance de cet affrontement. La compagnie C demeure dans le secteur jusqu’à 17 h 30, avant de rejoindre Le Mesnil.

 

 

 

 

 

Militaire Grade Décès et sépulture
Murray MacLeod Major Tué le 6 juin 1944 à Varaville ; cimetière militaire de Ranville, tombe VA, B, 1
H. M. Walker Lieutenant Tué le 6 juin 1944 à Varaville ; cimetière militaire de Ranville, tombe VA, B, 2
Winslow E. Oikle Caporal Tué le 6 juin 1944 à Varaville ; corps non retrouvé ou non identifié, mémorial de Bayeux panneau 27 colonne 2 –  matricule F/96045
Peter I. Bismutka Soldat Blessé à Varaville, décédé peu après ; cimetière canadien de Bretteville-sur-Laize, tombe VII, B, 2
John B Jowett Soldat Tué le 6 juin 1944 à Varaville;  corps non retrouvé ou non identifié ; mémorial de Bayeux
Leslie A Neufeld Soldat Tué le 6 juin 1944 à Varaville; corps non retrouvé ou non identifié ; mémorial de Bayeux