La guerre 39-45

En 1939, les estivants sont au rendez-vous malgré la menace d’une guerre. A la mi-août le rappel des réservistes laissant penser à l’imminence du conflit, de nombreux propriétaires laissent en Normandie leurs enfants sous la garde d’un membre de la famille.

 

La commune s’organise pour accueillir les réfugiés. En effet la loi du 11 juillet 1938 prévoit l’évacuation de certains quartiers de Paris. 50 familles du cinquième arrondissement doivent être ainsi logé au Hôme. Le maire M. Paul Leroy estimera la population de Varaville à l’hiver 39-40 à plus de 2000 personnes. Pour éviter la pénurie des denrées alimentaires une carte d’alimentation est éditée à chaque habitant selon sa catégorie (enfant, jeune, adulte, vieillard, travailleur de force, cultivateur). Pour éviter des déplacements incessants à la mairie du bourg situé à 4 km, la maison de Mme Walrand rue Saint-Charles est choisie comme annexe. Entre enfants du Hôme, petits parisiens et les enfants de l’orphelinat de Calignani de Corbeil restés dans leur colonie de vacances, la population écolière regroupe au Hôme 49 élèves. Mme Magdeleine est amenée à créer 2 nouvelles classes pour les plus petits, la première dans les locaux de la Béthanie et l’autre dans la salle de la villa Brèche Vallée. Les enfants plus grands restent dans l’école du Hôme et ceux du bourg gardent leur classe unique.

 

L’invasion allemande du 10 mai 1940 fait fuir des milliers de familles. Du 16 mai au 22 juin 1940 ils arrivent de Belgique, Cambrai, Maubeuge, Saint Avold, Sedan, Paris, des Andelys. On les héberge au préventorium et dans les villas des particuliers. Le 20 juin 1940 l’armistice est signé par le Marechal Pétain, mi-septembre ils sont tous repartis.

 

Les allemands s’installent et réquisitionnent 80 villas et le préventorium. Le Hôme accueillera jusqu’à 800 soldats soit 3 par habitants. Une antenne de la Kommandantur de Cabourg s’installe villa Suzanne au Hôme.

 

De nombreuses villas et le préventorium sont dépouillés, meubles, linges, lits, vaisselles disparaissent en toute impunité. Comme le mentionne la circulaire du préfet du Calvados du 5 février 1941, il est difficile de se plaindre.

 

 

Les fermes de Varaville étant essentiellement herbagères, la vraie richesse en ces temps de pénurie est le lait et le beurre. Tout est objet de réquisition, ovin, bovin, chevaux, cochon, récoltes, bois de chauffage, même les poules doivent 1 œuf par semaine de réquisition.

 

Au mois de mai 1942, la plage du Hôme n’est accessible qu’aux pécheurs et seulement en accédant par la Rue Armand Leclerc et la Rue Saint-Louis. Les baigneurs quant à eux peuvent se baigner de 10 à 21 h à Cabourg entre le Grand Hotel et la villa Shamrok et uniquement en accédant par la Rue des Sapins.

 

Le 26 mai 1942, ordre est donné de rendre tous les moyens de transmissions et les pigeons, sous peine de représailles.

 

 

 

Sur la côte les blockhaus apparaissent un peu partout. Le plus grand est situé avenue du Général-Leclerc avec trois pièces tandis que l’on trouve deux autres plus petits rue Malhené, et au coin de la rue Henri-Bourgeois.

 

Comme partout en France, il y a des collaborateurs, une poignée de Varavillais s’engagent dans la milice. Participant avec la Gestapo aux rafles, elle réunira prés de 80 militants. Ils sont recrutés par deux collaborationnistes :

– Roger A…. qui âgé de 60 ans dirige une antenne du groupe « Collaboration », affilié au RNP un parti collaborationniste. Il sera exécuté au Lion-d’Or le 2 juillet 1944.

– Henri C…. dit « Thuillier », qui âgé de 20 ans est le délégué local du RNP. Indicateur et interprète auprès du Lieutenant Wagner (chef de la Kommandature de Cabourg-Houlgate). Il terrorise la population et embrigade les jeunes. Il sera exécuté au Neubourg par un groupe de résistants, le 15 août 1944.

 

Il y a aussi des dénonciations le cantonnier Eugène Cholet est condamné à 18 mois de prison pour ne pas avoir rendu son fusil. Les époux René et Laura Hervieu subissent un interrogatoire pour avoir pris en charge des anglais d’une filière de la résistance mais seront relâchés faute de preuves.

 

La résistance elle aussi s’organise, Mme Geneviève Cebost, la secrétaire de mairie membre du réseau Franco-belge Zéro-France renseigne le nom des unités et le nombre de soldats résidant sur la commune, fabrique des fausses cartes d’identité avec la complicité du maire, M. Paul Leroy. Renseignant les alliés sur les défenses côtières, exfiltrant les réfractaires au STO et les aviateurs abattus, le réseau sera d’une aide précieuse dans la préparation du débarquement. En octobre 1943, ils sont une cinquantaine d’agents. Au printemps 1944, 24 d’entre eux dont le chef de réseau le pharmacien de Dives Aimable Lepeu sont arrêtés, torturés et déportés. Peu reviendront.

 

Il y eut 4 déportes à Varaville : Renée Tissilli épouse Warner, Albert et Paul Marion et Victor Laveille. Tous sont revenus brisés mais vivants des camps de Buchenwald, Mauthausen et Sachsenhausen. Nous reviendrons sur leur parcours un peu plus loin.

 

En 1944, les allemands prennent très au sérieux un possible débarquement sur la côte. L’accès aux villas est interdit à leurs propriétaires. Fin février la population du Hôme reçoit l’ordre d’évacuer, la date limite étant fixé au 3 mars.

 

Dans le cadre de son mur de l’atlantique, le maréchal Rommel crée une dérivation de la Dives pour inonder les 600 hectares de prairies et d’herbages pouvant servir de terrain d’atterrissage. Un barrage prenant appui sur le pont de la Dives entre Drucourt et Varaville fait passer l’eau de la rivière dans les prairies. En quelques semaines de Robehomme à Cabourg, de la Dives au bourg de Varaville l’eau atteint le seuil des maisons. Les troupeaux doivent transhumer vers Livarot. Il faudra des années pour éliminer le sel des prairies.

 

 

Sur les terres non inondées, il fait planter les fameuses « asperges de Rommel ». Pour ce faire les allemands abattent 2518 pins dans les parcs des villas. 5000 poteaux de 4 m de hauteur sont ainsi érigés. La seule villa les « sables » fournira 790 pins par réquisition le 6 fevrier 1943. La plage se meuble de kilomètres de barbelés et de chapelets de mines reliant les asperges de Rommel. L’histoire raconte que Rommel vint inspecter personnellement l’avancement des travaux et qu’il logea à la villa « Aloha ». Un grand fossé antichar est construit sur le terrain de golf au niveau du trou 12 et 60.000 mines posées sur les routes

 

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, a lieu le bombardement des batteries de Merville, une erreur de frappe l’envoie à Gonneville en Auge. A Varaville, on aperçoit de gros avions tirant des planeurs volants au raz de la mer et se dirigeant vers l’estuaire de l’orne.

 

La nuit s’illumine, des centaines de parachutes descendent vers les terres inondées du marais. C’est une erreur tragique, ils devaient tomber à 8 km à l’ouest autour du bois de Bavent. Prisonniers du marais, ils ne peuvent participer au nettoyage de la rive est de l’Orne avec la 5éme Airborn division et se noient sous le poids de leur équipement.

 

21 hommes sont sauvés par les Varavillais, regroupés dans la cour de la ferme de la vieille rivière ils sont amenés à Robehomme par le chemin de l’anguille par Bernard Lefevre et Violette Bruzeau. De là ils gagneront leur lieu de rendez-vous à Bavent. 192 hommes sur les 750 du bataillon Otway disparaitront dans le marais

 

 

Carte de la zone de parachutage Collection privée

 

 

Tombés à l’entrée du bourg les parachutistes canadiens se dirigent vers le Haras susceptible de contenir les allemands. Le personnel est regroupé dans l’appartement du directeur pendant l’attaque. Le canon est détruit et les prisonniers allemands conduits vers Bavent. Le bourg est libéré à l’aube.

 

Pendant ce temps d’autres parachutistes ont pris le pont de la Divette et cherchent à rentrer en contact avec Albert Marion un résistant qui a fourni un plan de la côte. Arrêté par la gestapo, il a été envoyé en déportation. Le pont est dynamité.

 

Le 7 juin, les allemands contre attaquent. Malgré la destruction du pont, la Divette est franchie aisément. Traversant le bourg ils entrent en contact avec les canadiens. Après une matinée de combat, inferieurs en nombre et ne disposant que d’armes légères, les canadiens décrochent et le haras est à nouveau occupé. Alignés face contre un mur, les habitants sont fouillés. Grande frayeur pour René Hervieu qui porte sur lui un revolver que les allemands ne trouvent pas. Le Bourg est évacué le 7 et 8 juin les habitants se refugient dans les fermes isolées ou dans la famille. Il restera vide 3 mois.

 

 

Reddition de soldats allemands Château de Varaville, John Ross

Dessin de l’Abbé Chrétien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant ce temps les parachutistes sauvés du marais affluent par petits groupes. Cachés par les habitants ils sont soignés ou guidés, en évitant le bourg vers Bavent. Les exemples héroïques fourmillent.

 

Dés le 7 juin au matin, le bourg est violemment bombardé par la marine alliée et par l’aviation. Les allemands s’activent à trouver des abris, des dizaines de cadavres s’entassent dans les camions. La DCA allemande réplique.

 

Pendant 2 mois les contre-attaques sanglantes des allemands empêchent la tête de pont alliée de se développer à l’est de l’Orne.

 

Sur une ligne passant à Sallenelles, Breville, Herouvillette, Sainte Honorine et Longueval, la 6eme Airborn division ne peut que résister. Varaville se retrouve à 7 km à l’intérieur des lignes allemandes. L’église de Varaville devient un hôpital militaire tandis qu’Harcouel et la ferme Laviec sont occupées par la troupe.

 

Sur cet immense lac que constitue les marais inondés, 4 ilots abritent les habitants refugiés : la ferme du Hôme, la Hogue Jard, les Boursiers, la vieille rivière et l’anguille. Seuls la Hogue Jard et les Boursiers communiquent entre eux par bateaux.

 

La vie est difficile, les moustiques avec la chaleur et l’eau se sont multipliés et c’est une véritable expédition pour aller se ravitailler à Cabourg, Dozulé ou Sallenelles.

 

Le 4 juillet, ordre est donné d’évacuer les ilots pour le 12 juillet. Le 13 juillet, il n’en reste que deux habités, la ferme du Hôme et les Boursiers. On leur donne l’ordre de quitter les lieux le lendemain. Aucun Varavillais ne sera là pour accueillir les libérateurs 5 semaines plus tard.

 

Début Août, les brigades belge et néerlandaise débarquent à Arromanches et rejoignent la 6e Compagnie aéroportée sous le commandement du général Gale.

 

Dans la nuit du 17 au 18 août, il décide de scinder sa division en deux. La route de la Côte vers Honfleur est confiée aux Belges de la Brigade du colonel Piron. L’autre route, au sud est confiée aux autres Bérets rouges et commandos qui iront vers Pont-l’Evêque et Pont-Audemer. Après de violents combats et la prise du bunker du fort du Moulin du Buisson, les Belges progressent par la route de Merville-Franceville et rallient Le Hôme-Varaville.

 

Insigne de la brigade Piron

Le 23 août, 48 H avant Paris, la brigade Piron libère le bourg transformé en champ de ruines. Tout le carrefour de l’auberge est détruit. Miraculeusement, l’école est intacte et la maison Labarriere a perdu son toit. De l’église il ne reste qu’un choeur sans toit ni voûte.

 

Dans les marais et même dans des coins isolés comme le « chemin de l’anguille » ou « la vieille rivière » la plupart des fermes sont sinistrées. Plus grave les bombes ayant crevées les digues de la Dives, l’eau salée a remplacée l’eau douce de la dérivation allemande. Il faudra des années pour qu’il soit à nouveau productif.

 

 

 

 

 

 

 

Au Hôme, ce n’est pas mieux. L’artillerie américaine a fait un carton sur les villas perchées sur les dunes. Toutes les maisons, la chapelle et le préventorium sont sinistrés. Tout est miné, les parcs des villas, le golf, la plage. Il faut du courage pour récolter les colis échoués sur la plage. Riz, thé, café, rations de soldats, chocolat viennent agrémenter les repas après toutes ces années de restrictions.

 

Quand la nouvelle parvient aux Varavillais en exil cela fait 6 semaines qu’ils ont quittés leur maison et 6 mois pour les habitants du Hôme. Les retours s’échelonnent de septembre à octobre. Ce sont des maisons pillées et sinistrées qu’ils retrouvent. Beaucoup sont obligés de se réfugier à Cabourg. La mairie s’installe quelques mois dans la salle de la villa la gerbe d’or.

 

En 1945, la situation s’améliore, la mairie a trouvé refuge dans la villa les « oiseaux ». Les prisonniers allemands de Fleury sur Orne déminent progressivement le Hôme. Ils sont parqués dans un camp au chalet Corbeillois et y resteront 3 ans. Les particuliers peuvent également les embaucher pour les travaux de réfection ou sur les terres.

 

Au bourg des baraquements sont montés pour accueillir les familles aux maisons inhabitables. Un toit de tôles est posé sur le choeur de l’église. En septembre 1945 l’école peut rouvrir et les commerçants se réinstallent tant bien que mal. Il faudra 5 ans pour réparer ce qui est réparable.

 

En juillet 1946 Olga B…. 37 ans est condamné à 29 ans de bagne et 20 ans d’interdiction de séjour pour avoir dénoncé M. Francis Marion aux allemands dans une lettre anonyme